Retour sur une conversation clé de MTL connecte 2025 à l’occasion de la Journée mondiale de l’innovation et de la créativité
À l’heure où les technologies transforment en profondeur nos sociétés, la Journée mondiale de l’innovation et de la créativité rappelle une évidence souvent sous-estimée : l’innovation ne relève pas uniquement de la science et de l’ingénierie. Elle se construit aussi à travers les pratiques artistiques, capables de questionner, détourner et élargir les cadres de pensée technologiques.
Lors de MTL connecte 2025, un panel réunissant Marie-Ève Bilodeau (ETS), Jens Hauser (University of Copenhagen Medical Museion) et Manuelle Freire (École NAD-UQAC) a exploré les liens entre arts numériques, intelligence artificielle et recherche scientifique. Une discussion qui met en lumière un constat central : l’artiste n’est plus en périphérie de l’innovation, il en devient un acteur structurant.
L’artiste comme catalyseur de recherche et d’expérimentation
Au cœur des échanges, une idée revient avec force : la rencontre entre artistes et scientifiques produit des formes de connaissance inédites.
À l’École de technologie supérieure (ETS), le programme de résidence artistique illustre concrètement cette dynamique. En intégrant des artistes dans des environnements de recherche en génie électrique, en photonique ou en systèmes interactifs, l’objectif est clair : ouvrir les laboratoires à d’autres formes d’exploration.
Les projets présentés montrent cette hybridation en action :
- utilisation de la fibre optique dans des pratiques visuelles,
- exploration de la capture de mouvement pour la chorégraphie et la réalité virtuelle,
- développement d’interfaces où corps, données et technologies s’entrelacent.
Ces résidences ne produisent pas uniquement des œuvres, elles créent des espaces d’expérimentation partagés entre disciplines.
Le malentendu comme moteur de création
Un des apports majeurs du panel repose sur une idée contre-intuitive : le malentendu est productif.
Dans les collaborations art-science, les langages ne sont pas alignés, les objectifs diffèrent, les méthodes s’opposent parfois. Pourtant, c’est précisément dans ces zones d’incompréhension que surgissent les innovations les plus intéressantes.
Comme l’a souligné Jens Hauser, ces collaborations reposent souvent sur des “fructueux malentendus”, où l’artiste ne cherche pas à illustrer la science, mais à détourner ses outils, à en déplacer les usages et à en révéler les angles morts.
Cette tension permet de remettre en question la sur-technicisation de la recherche et d’introduire une réflexion critique sur les usages de l’intelligence artificielle, de la biologie synthétique ou des technologies immersives.
Des laboratoires ouverts et des objets à penser
Les formats expérimentés à travers des initiatives comme les laboratoires publics de création montrent une évolution importante : la connaissance ne se transmet plus uniquement par la publication ou la conférence, mais par la pratique.
Dans ces espaces, l’objet devient central. Prototypes, installations, systèmes interactifs ou dispositifs hybrides servent de points de rencontre entre disciplines et publics. Ils permettent une exploration collective, où chercheurs, artistes et citoyens manipulent, testent et réinterprètent les technologies.
Cette approche déplace le rôle traditionnel de l’expertise. Elle rend la science plus accessible, mais aussi plus discutable, en l’inscrivant dans des environnements ouverts.
Vers une innovation plus critique et inclusive
Au-delà des projets, le panel met en lumière une transformation plus large : l’émergence d’une innovation “située”, qui intègre les dimensions sociales, écologiques et politiques des technologies.
L’artiste y joue un rôle spécifique :
- il interroge les usages des technologies plutôt que de les optimiser uniquement,
- il introduit des perspectives sensibles (son, corps, matière, vivant),
- il propose des récits alternatifs face aux discours dominants sur l’IA et la donnée.
Cette approche contribue à une innovation plus critique, moins centrée sur la performance, et davantage sur la compréhension des systèmes complexes.
MTL connecte 2026 : prolonger les dialogues entre art et technologie
Les échanges de MTL connecte 2025 confirment une tendance forte : les frontières entre art, science et technologie continuent de s’estomper.
Dans cette perspective, MTL connecte 2026 s’inscrit comme une continuité essentielle. L’événement devient un espace stratégique pour :
- approfondir les collaborations entre artistes, chercheurs et institutions,
- expérimenter de nouveaux formats de recherche-création,
- et renforcer une approche transdisciplinaire de l’innovation.
À l’heure où l’intelligence artificielle et les technologies immersives redéfinissent les pratiques professionnelles et culturelles, la place de l’artiste apparaît moins comme une option que comme une nécessité structurelle.
Ce panel rappelle une idée simple mais structurante : l’innovation ne se limite pas à produire des technologies, elle consiste aussi à produire des questions.
Et dans cet exercice, l’artiste n’est pas un accompagnateur de la science, mais un acteur à part entière de sa transformation.






